Assouplissement des normes CAFE : les constructeurs derrière l’administration Trump

La nouvelle ne surprendra personne. L’Alliance pour l’innovation automobile (Alliance for Automotive Innovation), qui représente notamment General Motors (GM), Toyota, Volkswagen, Hyundai, Ford et Stellantis, se range derrière l’administration Trump dans la poursuite intentée par certains États contre ses nouvelles normes de consommation de carburant CAFE (Corporate Average Fuel Economy), nettement moins sévères que celles imposées par l’administration Biden en 2024.

  • La cible moyenne pour 2031 passe de 50,4 à 34,9 milles au gallon

  • La Californie, New York et d’autres contestent ce recul devant les tribunaux

  • Washington prévoit une hausse de 4,6 % de la consommation d’essence américaine d’ici 2050

C’est l’agence Reuters qui rapporte cette nouvelle. Voici ce qu’il faut comprendre.

Moins de bâtons dans les roues

Le mois dernier, le département américain des Transports a confirmé qu’une moyenne de 34,9 milles au gallon (6,7 litres/100 km) serait retenue pour l’ensemble du parc de véhicules de chaque constructeur en 2031. La norme approuvée en 2024 sous Joe Biden visait 50,4 milles au gallon (4,7 litres/100 km). Il s’agit d’objectifs moyens calculés selon la méthode CAFE, et non de limites de consommation imposées individuellement à chaque modèle.

La Californie, New York et deux douzaines d’autres États, villes et comtés ont contesté ces normes devant les tribunaux, soutenant que Washington ignore les millions de véhicules électriques et fausse son analyse. Des groupes environnementaux et de consommateurs ont déposé leur propre poursuite.

Devant la cour d’appel du 1er circuit, l’Alliance réclame « certitude et stabilité ». Annuler ces normes, plaide-t-elle, compromettrait les investissements et le développement de centaines de modèles.

Un problème complexe

Le litige est plus complexe qu’il ne le paraît. Essayons de simplifier les choses.

Pour comprendre le désaccord, il faut savoir que les véhicules électriques peuvent toujours générer des crédits qui permettent aux constructeurs de se conformer aux normes CAFE. Le changement concerne surtout la façon dont Washington évalue le niveau d’économie de carburant réalisable par l’industrie. L’administration Trump exclut la performance énergétique des véhicules électriques de son analyse servant à établir les exigences. Elle estime ainsi que les normes doivent être réalisables avec les véhicules à essence et au diesel, sans dépendre de l’électrification. Pour les constructeurs, ça représente un cadre plus prévisible et moins contraignant. Ils pourront consacrer moins de ressources à la conformité réglementaire et davantage à l’élaboration de modèles répondant aux attentes des consommateurs. Et ça ne les empêche pas, en parallèle, de développer leur filière électrique.

Trump attaque les normes CAFE : un virage qui réduit les exigences environnementales

Les États contestataires voient les choses autrement. Ils estiment que Washington dresse un portrait artificiellement moins efficace du parc automobile en faisant abstraction des millions de véhicules électriques déjà vendus. Prenons l’exemple d’un constructeur qui commercialise à la fois des camionnettes à essence et des VUS électriques. La présence de ces derniers témoigne de la capacité de l’industrie à améliorer son rendement énergétique grâce à l’électrification. En les excluant de l’analyse servant à déterminer les objectifs réalisables, l’administration pourrait fixer la barre trop bas et permettre aux constructeurs de maintenir plus facilement leurs modèles à essence les plus gourmands. Les États réclament donc des exigences plus ambitieuses, estimant que l’industrie est capable de faire mieux.

Le problème n’est pas simple. Il faut comprendre que, pour les constructeurs qui soutiennent l’administration, l’équation est claire : moins de contraintes, moins de dépenses et une planification plus facile.

La note aux automobilistes

Selon le département américain des Transports, la nouvelle règle réduit de 1289 $ US le coût moyen de conformité par véhicule, mais ajoute plus de 1600 $ US en carburant durant la vie de celui-ci. Le consommateur risque donc de payer la différence à la pompe. Même si toute l’économie réalisée par les constructeurs était transférée à l’acheteur, celui-ci débourserait tout de même au moins 311 $ US de plus en carburant sur la durée de vie du véhicule, selon ces estimations.

Quant à la consommation d’essence aux États-Unis, elle augmenterait cumulativement d’environ 121 milliards de gallons (458 milliards de litres) d’ici 2050 par rapport aux règles de l’administration Biden.

En contrepartie, Washington prévoit une hausse des ventes de voitures neuves.

Sans surprise, l’American Petroleum Institute appuie l’administration Trump. Le gouvernement fédéral, dit-il, ne doit pas forcer les consommateurs à acheter des véhicules moins gourmands que ceux qu’ils choisiraient.

Le contraire nous aurait surpris.

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