Revirement de cap: Trump veut des voitures chinoises construites aux É.-U.

Credit: Bill Pugliano/Stringer/ Getty Images

Dans un énième revirement de situation dans la gestion des relations commerciales dans le monde automobile, après s’être farouchement opposé à l’entente sino-canadienne sur l’automobile, Trump veut maintenant exactement le même genre d’entente.

  •  Les constructeurs américains sont en retard technologiques face aux Chinois en matière d’électrification
  • Jim Farley de Ford veut un partenariat avec un constructeur chinois
  • Le but est d’avoir la technologie chinoise tout en fabriquant des véhicules aux É.-U.

Le monde change et vite. Il y a quelques années, pour que les constructeurs automobiles puissent avoir accès au marché chinois, ils devaient avoir un partenariat avec un constructeur automobile chinois. Devant l’ampleur et les impressionnantes opportunités économiques, presque tous les fabricants automobiles se sont pliés à cette règle. Dans cette foulée, les Chinois ont observé et regardé avec attention les technologies occidentales et aujourd’hui les ont améliorés.

Aujourd’hui, en matière d’électrification, ce sont les Chinois qui sont en avance et le reste du monde veut leur technologie. Cette dernière est généralement plus simple, plus efficace, moins chère. Bien que l’administration Trump ait reculé sur toutes les mesures environnementales et sur tout ce qui touche l’électrification, les constructeurs automobiles sont malgré tout conscient que, qu’on le veule ou non, l’avenir de l’automobile est avec une motorisation électrifiée.

Ford a perdu le contrôle

Lors d’une récente visite en Chine, le président-directeur général de Ford, Jim Farley, a affirmé haut et fort que son entreprise est un ou deux générations technologiques en retard face aux Chinois. Alors même que Ford aboli une collection des modèles électriques, F-150 Lightning, E-Transit, VUS à trois rangées on comprend que l’on est en mode panique à Dearborn. Sans réelle stratégie pour l’avenir, Ford sait qu’il va avoir besoin d’aide pour surmonter leur déficit en matière d’électrification.

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Ford a besoin d’aide

C’est là que l’histoire prend un tournant. Le mois dernier, dans le cadre du Salon de l’auto de Detroit, des discussions confidentielles auraient eu lieu entre Farley, et des membres de l’administration de Donald Trump au sujet d’un scénario impliquant des coentreprises entre constructeurs automobiles chinois et entreprises américaines. Selon des personnes au fait des échanges, ces partenariats prendraient la forme de sociétés communes où l’entité américaine détiendrait une participation majoritaire. Le même modèle d’affaires que les Chinois ont adopté il y a plusieurs années lors de leur ouverture aux constructeurs étrangers.

Dans ce modèle, les partenaires partageraient à la fois les bénéfices et certains savoir-faire technologiques. L’objectif : encadrer une éventuelle percée de la technologie chinoise sur le marché américain tout en maintenant un certain contrôle stratégique du côté américain. En gros, on pourrait voir des véhicules à l’ingénierie chinois avec un logo américain.

Ailleurs en Amérique du Nord

Dans cette même foulée, les constructeurs chinois multiplient les avancées hors de leurs frontières, un peu partout dans le monde. Le plus récent développement s’est produit avec le Canada qui a récemment ouvert la porte à l’entrée de certains véhicules électriques chinois au Canada. Plus au sud, des marques comme BYD gagnent en visibilité au Mexique et en Amérique du Sud. La progression soutenue par le gouvernement chinois est rapide.

Trump ouvre la porte

D’après les informations obtenues par Automotive News, le sujet aurait été abordé lors d’une visite de hauts responsables américains au Salon de l’auto de Detroit. Cette rencontre faisait suite à des déclarations du président Trump, laissant entendre qu’il serait disposé à accueillir des constructeurs chinois aux États-Unis, à condition qu’ils investissent localement, construisent des usines et embauchent des travailleurs américains.

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Ford prétend vouloir être prudent malgré ses besoins

Du côté de Ford, on confirme que diverses questions liées à l’industrie ont été discutées avec les représentants gouvernementaux, sans toutefois entrer dans les détails. L’entreprise souligne régulièrement, dans ses échanges avec Washington, la nécessité de protéger le marché intérieur contre un afflux de véhicules subventionnés provenant de Chine.

Ford insiste également sur les enjeux de sécurité nationale et de protection des données associés aux véhicules connectés d’origine chinoise, des préoccupations qui demeurent au cœur des discussions avec les décideurs politiques, et ce, autant à Washington qu’à Ottawa.

Même si l’option de la coentreprise avait été évoquée, elle ne constituerait pas une initiative activement défendue par la direction de Ford. L’idée serait plutôt analysée comme un mécanisme de protection dans l’hypothèse où les groupes chinois réussiraient à s’implanter aux États-Unis. Plusieurs responsables politiques se montreraient toutefois réticents, estimant qu’un tel projet susciterait une vive opposition à Washington. Certains y voient néanmoins un scénario possible dans le cadre d’éventuelles négociations bilatérales de haut niveau prévues au printemps.

Un tournant stratégique

L’arrivée structurée de constructeurs chinois sur le marché américain représenterait un moment charnière pour l’industrie automobile nord-américaine. Les répercussions toucheraient autant les fabricants établis que leurs réseaux de fournisseurs et, ultimement, les consommateurs.

En Europe, au Mexique et en Amérique du Sud, les groupes chinois ont rapidement gagné du terrain avec des modèles plus abordables intégrant des batteries performantes et des systèmes d’infodivertissement sophistiqués. Leur capacité à accepter des marges réduites, combinée à l’appui des pouvoirs publics chinois, leur permet d’offrir un rapport technologie-prix difficile à égaler pour plusieurs concurrents occidentaux.

Les récentes déclarations du président américain ont surpris certains constructeurs de Detroit, qui estimaient que les barrières commerciales en place leur laisseraient davantage de temps pour combler l’écart technologique, notamment dans les domaines des véhicules électriques et des batteries.

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De la résistance des acteurs du marché

Plusieurs acteurs majeurs de l’industrie se seraient déjà positionnés contre une ouverture du marché aux fabricants chinois. On craint une érosion des parts de marché des entreprises établies ainsi qu’un impact important sur les fournisseurs nord-américains si les flux de pièces en provenance de Chine s’intensifiaient.

Au sein de l’administration américaine, les opinions demeurent partagées. Si le président a évoqué la possibilité d’accueillir des investissements chinois sous certaines conditions, plusieurs membres de son entourage mettent en avant les risques économiques et stratégiques d’une telle décision.

Ford a peur même pour sa survie

Jim Farley, pour sa part, a déjà qualifié les véhicules chinois à bas prix et à haute teneur technologique de « menace existentielle ». Lors d’une conférence l’été dernier, il avait souligné l’écart de coûts et la qualité perçue des produits chinois, affirmant que la compétition avec la Chine dépasse largement la seule question des véhicules électriques. Il soutient même que la survie de Ford est à risque.

En parallèle, Ford n’a pas fermé la porte à des collaborations ciblées. Le constructeur explore depuis quelque temps des partenariats techniques, notamment dans le domaine des batteries, afin d’accélérer son apprentissage et de demeurer compétitif. Il prépare également un modèle électrique plus abordable, attendu en 2027, conçu pour rivaliser avec les leaders mondiaux du segment.

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Un scénario déjà vu

Le débat met en lumière l’enjeux de la concurrence mondiale accrue, de la souveraineté industrielle, de la sécurité nationale et de la transition électrique. La manière dont Washington choisira de gérer l’ascension des constructeurs chinois pourrait redéfinir durablement l’équilibre des forces dans l’industrie automobile nord-américaine.

Le monde automobile nord-américain est sur le point de subir un autre choc, mais ce ne sera pas la première fois. On se souvient de situations similaires dans les années 1970 avec l’arrivée des véhicules japonais et à la fin des années 1980 où les véhicules sud-coréens ont pris leur envol en Amérique du Nord. Dans les deux cas, les Américains ont crié à la fin de leur existence, mais ils se sont toujours adaptés. Est-ce que ce sera encore une fois le cas? Le temps le dira, mais ce sera compliqué.

Source : Automotive News

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