Le projet Stellantis-Leapmotor pour Brampton doit assurer une production canadienne à grande échelle, et non un assemblage final à faible valeur ajoutée de trousses de VÉ fabriquées en Chine.
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L’opposition à Brampton repose sur la crainte qu’un travail d’assemblage à faible valeur ajoutée remplace la fabrication complète de véhicules.
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Unifor et les gouvernements veulent que Stellantis rétablisse la capacité de production promise à l’usine.
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Les fabricants de pièces affirment que l’investissement dans les VÉ chinois doit inclure un assemblage au Canada et un approvisionnement nord-américain.
Les discussions rapportées entre Stellantis et Zhejiang Leapmotor Technology au sujet de l’avenir de l’usine d’assemblage de Brampton ont provoqué une vive réaction chez les dirigeants politiques, les syndicats et les fournisseurs de pièces. Le principal différend porte sur l’ampleur réelle du travail de fabrication qui resterait ou aurait lieu au Canada.
L’enjeu ne concerne pas l’arrivée de VÉ chinois sur le marché canadien. Il concerne plutôt la possibilité que Brampton devienne un site d’assemblage final pour des véhicules déjà largement construits en Chine et expédiés ici sous forme de trousses. Les critiques soutiennent qu’un tel arrangement n’apporterait qu’une fraction des emplois, des achats locaux et de l’activité chez les fournisseurs associés à une production complète de véhicules.
L’usine de Brampton s’impose dans les discussions entre Stellantis et Leapmotor au Canada
Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, et la ministre fédérale de l’Industrie, Mélanie Joly, ont tous deux rejeté cette idée. La présidente nationale d’Unifor, Lana Payne, a également déclaré que Stellantis devrait respecter son engagement antérieur de rétablir l’usine à sa capacité d’exploitation prévue, au lieu de remplacer cette promesse par un programme d’assemblage à plus faible valeur ajoutée.
Le président de l’Association des fabricants de pièces d’automobiles, Flavio Volpe, a déclaré que l’écart économique entre une production complète et l’assemblage de trousses démontées est considérable. Dans ses commentaires, il a décrit l’approche proposée comme des véhicules « complètement fabriqués en Chine avec des composants chinois, puis partiellement démontés et amenés ici pour être réassemblés par plusieurs centaines de travailleurs, comme des meubles IKEA en trousse ».
Volpe a soutenu que ce modèle ne recréerait pas l’empreinte de la chaîne d’approvisionnement que l’Ontario tire traditionnellement de la fabrication de véhicules. Il a indiqué qu’une usine de Brampton pleinement opérationnelle pourrait de nouveau soutenir environ 10 000 à 12 000 emplois et générer quelque 3 milliards de $ par année en achats de pièces au Canada si la production reprenait à grande échelle.
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Malgré cette position, il ne s’agit pas d’une opposition générale aux VÉ chinois. Volpe a dit qu’il y a une place pour ces véhicules au Canada si les constructeurs s’engagent à s’approvisionner en pièces en Amérique du Nord et à effectuer un assemblage complet au pays. Dans ce scénario, des produits soutenus par des capitaux chinois pourraient tout de même contribuer à l’emploi et à l’activité industrielle au Canada, au lieu de fonctionner principalement comme du contenu importé avec une valeur ajoutée locale minimale.
L’enjeu prend encore plus d’importance parce que l’usine de Brampton est inactive depuis plus de deux ans pendant que les employés attendent une relance. Stellantis avait prévu de réoutiller le site, avec l’appui du fédéral, mais a ensuite annoncé que la production du Jeep Compass serait déplacée en Illinois.
Volpe a également déclaré qu’Ottawa devrait classer les trousses démontées comme des importations si elles sont fabriquées en très grande majorité en Chine. Il soutient que ces volumes devraient être comptabilisés dans tout quota de VÉ chinois à tarif réduit dont le Canada pourrait disposer.
Pour les fournisseurs, les travailleurs et les décideurs, le débat sur Brampton est devenu un test visant à déterminer si les futurs investissements automobiles permettront de rebâtir la profondeur manufacturière du Canada ou s’ils se contenteront d’un travail d’assemblage limité avec peu de retombées nationales.
Source: CTV News


