
Alors que la fête de la Saint-Jean-Baptiste approche, attardons-nous à une partie de l’histoire du Québec qui est souvent oubliée, celle de l’assemblage automobile.
Alors que quelques visionnaires et petites entreprises ont produit des concepts et des véhicules d’exception en petites quantités, tels que les W3 Triposto et Félino CB7, on oublie parfois que le Québec a accueilli la production de série à grande échelle à plusieurs reprises.
Voici donc une galerie photo présentant les constructeurs qui ont opéré une usine d’assemblage automobile sur le territoire québécois ainsi que quelques-uns des modèles qui y ont été construits.
Comet Motor Company, Montréal (1907-1909)
La première voiture assemblée en série au Québec fut la Comet, une voiture dont 50 à 200 unités seront produites entre 1907 et 1908. Établie par le promoteur immobilier Henri Dandurand et le vendeur automobile Lou Robertson, la Comet Motor Company avait son usine sur la rue des Jurés à Montréal, qui est par la suite devenue l’avenue Viger. Selon les plans de l’époque, l’emplacement de cette première usine automobile en sol québécois serait actuellement occupé par la partie sud du Palais des Congrès de Montréal. Alors que la carrosserie et le châssis étaient bien de conception québécoise, le moteur était un quatre cylindres Clément-Bayard importé de France, qui générait environ 30 chevaux. Selon les coupures de journaux de l’époque, c’était suffisant pour que la Comet puisse atteindre 80 km/h « sur un bon chemin ».
Source : La Presse, 17 juillet 1908 sur BANQ
Ford, Montréal (1916-vers 1935)
Pour une bonne partie du 20e siècle, Ford opérait sous le principe de la production localisée, qui lui permettait d’économiser les frais de transport des véhicules complétés en implantant des usines à proximité de la plupart des grands centres urbains de l’Amérique. C’est ce qui explique pourquoi le constructeur américain a cru bon d’ouvrir une usine à Montréal en 1916, soit douze ans après que sa première usine canadienne a vu le jour à Windsor, en Ontario. L’usine montréalaise, sise sur l’avenue Laurier Est, a produit des Model T pendant plusieurs années avant de se convertir à la production de la Model A en 1928. Bien que le principe de base ait été d’assembler des voitures à partir de pièces importées des États-Unis, le contenu canadien des véhicules produits à Montréal a augmenté au fil du temps. La grande récession eut raison de cette usine, qui a été transformée en centre de distribution des pièces avant de devenir la Plaza Laurier.
General Motors, Sainte-Thérèse (1965-2002)
Sans contredit l’opération de production automobile la plus importante de l’histoire du Québec est l’usine General Motors de Sainte-Thérèse (Boisbriand), qui a assemblé plus de 4 millions de véhicules en près de quarante ans. Ouverte en 1965, cette usine a été la première au Québec à bénéficier de la signature du Pacte de l’Automobile, qui permettait aux véhicules de traverser la frontière canado-américaine sans droits de douane. Ainsi, l’usine de Sainte-Thérèse fournissait le marché de la côte Est américaine en plus du Québec et d’une partie de l’Ontario. Les véhicules qui y ont été fabriqués incluent les grandes berlines Chevrolet (Biscayne, Impala, Caprice) et Pontiac (Strato Chief), les sous-compactes Chevrolet Vega, Monza, Pontiac Astre, Sunbird, Buick Skyhawk et Oldsmobile Starfire, les très populaires Oldsmobile Cutlass Supreme et Cutlass Ciera, les Chevrolet Celebrity, et les Pontiac Grand Prix. À partir de 1993, Sainte-Thérèse est devenue la « capitale mondiale de la Camaro et Firebird », comme le proclamait un grand panneau installé aux abords de l’usine. En effet, l’usine québécoise était la seule à produire la quatrième génération des sportives de Chevrolet et Pontiac. En raison d’une baisse significative des ventes de ces modèles, ainsi que des soucis de surcapacités dans plusieurs de ses usines, General Motors a fermé son installation de Sainte-Thérèse en 2002, marquant la fin de la production automobile au Québec. Les bâtiments ont été démolis peu après pour laisser place au complexe résidentiel et commercial Faubourgs Boisbriand.
SOMA (Renault-Peugeot), Saint-Bruno-de-Montarville (1965-1974)
La même année que General Motors, deux constructeurs français ont aussi ouvert une usine commune d’assemblage automobile au Québec. En effet, Renault et Peugeot se sont associés à la Société Générale de Financement du Québec pour former la SOMA (Société de Montage Automobile) et ainsi disposer d’une usine en Amérique du Nord. Malheureusement, cette aventure a été parsemée d’embûches dès le départ, donc des tensions avec les employés et les gouvernements, la difficulté d’obtenir les pièces importées de France, ainsi que des coûts de production trop élevés et un marché canadien incapable de générer les ventes nécessaires à la rentabilité de l’usine. Cela explique pourquoi Peugeot s’est retirée du programme en avril 1968, après qu’environ 2 800 berlines 404 ont été produites. Renault a persisté plus longtemps, en partie en raison de pressions du gouvernement français, toujours en contrôle du constructeur à cette époque. La gamme Renault produite à Saint-Bruno comporte donc la Renault 16, la 8, la 10, la 12, pour une production totale de près de 55 000 véhicules en 9 ans. Après la fermeture, l’usine a été vendue à une entreprise de pétrochimie. Les bâtiments existent toujours, à l’intersection de l’autoroute 30 et de la route 116.
Les automobiles Manic, Terrebonne et Granby (1969-1971)
Si l’usine SOMA est souvent oubliée dans l’histoire automobile du Québec, la Manic GT est généralement reconnue. En effet, ce petit coupé sportif conçu sur une mécanique Renault est devenu l’emblème de la production automobile québécoise. Cette création du français Jacques About, employé de Renault Canada, est effectivement l’une des rares voitures d’origine québécoise. Alors que la production a été entamée dans un atelier de Terrebonne, la compagnie s’est fait construire une usine de 60 000 pieds carrés dans le parc industriel de Granby grâce à un financement gouvernemental. Évoquant des retards de paiement, Renault a cessé de livrer le moteurs, les suspensions, et le châssis que la Manic GT reprenait des Renault 8 et 10. Cela mit fin à la production de ce coupé québécois après environ 160 unités livrées. Les usines de Terrebonne et de Granby sont toujours existantes, situées sur les rues Chapleau et Cowie, respectivement.
Hyundai, Bromont (1989-1994)
Finalement, la dernière usine automobile à voir le jour au Québec à été celle de Hyundai à Bromont. En effet, le constructeur sud-coréen, fort du succès commercial de ses Pony, Stellar et Excel, offertes à des prix très alléchants, décide d’ouvrir une usine au Québec quelques années seulement après avoir commencé à vendre des véhicules au Canada. L’ouverture en 1989 coïncide avec l’arrivée de la première Sonata, qui marquera un grand pas en avant pour Hyundai en termes de qualité. Néanmoins, la berline intermédiaire ne s’est pas avérée suffisamment populaire pour rentabiliser l’usine des Cantons-de-l’Est, qui était aussi désavantagée par sa localisation, loin des autres usines automobiles de Montréal et de l’Ontario. La production prit fin en septembre 1993 et Hyundai s’est départi de l’usine, toujours existante, l’année suivante. Il fallut attendre 2005 pour voir le constructeur ouvrir une nouvelle usine en Amérique du Nord, cette fois, en Alabama.
































