
Nous venons de passer près de trois semaines et 4 000 km au volant de l’une des berlines électriques les plus convaincantes à arriver sur le marché européen : la Mazda 6e 2025. Alors, pourquoi cette voiture, qui pourrait changer la donne, ne viendra-t-elle pas au Canada?
- La Mazda 6e offrirait une autonomie EPA de 410 kilomètres
- En raison des tarifs sur les véhicules électriques construits en Chine son prix serait de 128 000$
- La voiture est livrable avec deux tailles de batterie, mais toujours en propulsion
Points positifs
-Conduite naturelle et précise avec une direction dynamique
-Faible consommation électrique en usage réel
-Habitacle raffiné et bien présenté.
Points négatifs
-La batterie de plus grande capacité offre des vitesses de recharge plus lentes que la petite batterie
-Visibilité arrière réduite
-Interface multimédia complexe à utiliser
La réponse se trouve dans un mélange complexe de géopolitique, d’infrastructures et de préférences de marché. Ce modèle marie à la perfection le plaisir de conduire propre à Mazda et un habitacle au design raffiné et haut de gamme, le tout à un prix qui défie la concurrence allemande.
L’éléphant dans la pièce : le mur tarifaire chinois
Pour commencer : la principale raison pour laquelle vous ne verrez pas de Mazda 6e chez votre concessionnaire local est inscrite en noir sur blanc sur son certificat d’origine. Développée et assemblée en partenariat avec Changan Automobile, en Chine, la 6e se heurte à un obstacle de taille : la surtaxe fédérale de 100 % imposée aux véhicules légers fabriqués en Chine.
Cette mesure, mise en place pour protéger l’industrie automobile nord-américaine, double pratiquement le coût d’entrée du véhicule.
Une Mazda 6e Takumi Plus bien équipée, vendue à 46 900 € en Allemagne (environ 76 400 $ CA), comprenant la taxe de vente allemande de 19 % et des droits d’importation pouvant atteindre 31,3 %. Au Canada, le prix avant taxes atteindrait environ 128 000 $ en ajoutant les droits d’importations et la surtaxe canadienne, tout simplement non viable pour une marque comme Mazda.
Une frustration pour les Canadiens
Cette situation met en lumière une réalité frustrante pour les acheteurs canadiens de véhicules électriques. En fermant la porte aux véhicules importés de Chine, nous fermons aussi la porte à une plus grande diversité, à l’innovation et à la concurrence sur les prix. Des marques comme BYD, Xiaomi et Nio, ou encore des partenariats comme celui entre Mazda et Changan, conçoivent des véhicules électriques de grande qualité qui pourraient dynamiser le marché canadien et offrir davantage d’alternatives que la gamme actuelle de modèles nord-américains, coréens et européens. Ouvrir la voie à une importation encadrée de ces véhicules serait bénéfique pour les consommateurs et inciterait tous les constructeurs à rehausser la valeur et les caractéristiques de leurs produits.

Quels sont les défis de la Mazda 6e au Canada?
Même si les barrières tarifaires disparaissaient du jour au lendemain, la configuration actuelle de la Mazda 6e poserait tout de même des défis pour notre marché.
1-L’autonomie et l’infrastructure de recharge
Notre véhicule d’essai, une version à autonomie standard, était muni d’une batterie de 68,8 kWh. Sur les routes européennes, nous avons enregistré une consommation réelle impressionnante de 18,3 kWh/100 km, légèrement supérieure à la cote du manufacturier de 16,6 kWh/100 km. Notre consommation était un peu plus élevée, mais nous n’avons pas ménagé la 6e. Nous l’avons poussée sur plusieurs centaines de kilomètres à vitesse maximale sur l’Autobahn, dans des conditions froides et pluvieuses d’automne, une démonstration de sa réelle efficacité.
Cependant, une autonomie WLTP de 479 km ou (410 km équivalent selon calcul EPA) ne se traduit pas directement dans notre climat plus froid et nos distances plus longues. Dans les provinces dotées d’un bon réseau de bornes rapides comme la Colombie-Britannique, le Québec et le sud de l’Ontario, cette autonomie est amplement suffisante pour un usage quotidien et des déplacements régionaux. Mais pour les conducteurs des Prairies, des Maritimes ou du nord de l’Ontario, où les bornes rapides se font plus rares, une batterie de cette taille pourrait susciter de l’anxiété quant à l’autonomie.

La version à grande autonomie, avec ses 552 km WLTP (473 km équivalent selon calcul EPA), conviendrait mieux, mais elle présente un inconvénient majeur : une recharge rapide nettement plus lente (jusqu’à 95 kW pour la Long Range contre 200 kW pour la Standard Range), rendant ainsi les longs trajets moins flexibles.
Cette différence mérite réflexion. La version Long Range utilise une chimie de batterie différente au détriment de la vitesse de recharge. À l’inverse, la version Standard Range, malgré sa plus petite batterie, nous a permis de quitter la borne en seulement 15 à 20 minutes de recharge. Mazda annonce des vitesses pouvant atteindre 200 kW; dans notre essai en climat froid, nous avons mesuré jusqu’à 160 kW, ce qui reste rapide. Les arrêts seront plus fréquents, mais deux fois plus courts.
Recharge résidentielle et efficacité énergétique
Durant notre essai, nous avons pu alimenter la 6e presque entièrement à partir d’énergies renouvelables grâce à notre système solaire domestique de 12,4 kW et une batterie de 21 kW. Ce système nous a permis de recharger le véhicule le jour avec l’énergie solaire et la nuit avec la batterie. Il est facile de gérer la vitesse de recharge selon vos besoins et les tarifs d’électricité.

3-L’absence de rouage intégral
La Mazda 6e est offerte exclusivement en propulsion (RWD). Rien qu’à entendre cela, plusieurs acheteurs canadiens hésiteront, pensant aux fossés enneigés. La crainte est légitime, mais pas forcément fondée. Tesla, Hyundai et Polestar l’ont démontré avec succès : de bons pneus d’hiver et un système moderne de contrôle de la traction rendent la voiture à propulsion parfaitement viable durant nos hivers. Le centre de gravité bas et le poids centré de la batterie améliorent la stabilité. Cela dit, la perception demeure un facteur clé, et l’absence d’une version à deux moteurs (AWD) coûterait sans doute à Mazda des ventes face à des rivales comme la Hyundai Ioniq 6, la Tesla Model 3 et la BMW i4, qui offrent une motricité adaptée pour toutes les saisons.
Comportement routier
La façon dont la Mazda 6e aborde les routes sinueuses des Alpes autrichiennes est le point le plus impressionnant. Le calibrage du châssis et la direction sont exemplaires. La voiture réagit naturellement et de façon équilibrée, avec un couple électrique qui accélère en douceur, offrant ainsi une conduite fluide et dynamique. N’étant pas la plus rapide de son segment (environ 7,6 secondes pour le 0-100 km/h dans notre version), elle mise sur l’agrément de conduite et la précision. Seul bémol : la suspension peut paraître ferme sur une chaussée abîmée, un compromis nécessaire pour une tenue de route exemplaire.
Confort et design intérieur

Passer de longues heures au volant d’une berline grand tourisme exige des sièges d’exception, et la version Takumi Plus de la 6e répond à cette exigence. Le cuir Nappa offert de série offre immédiatement une impression de luxe au-dessus de sa catégorie. Mais c’est la conception et le soutien des sièges qui impressionnent le plus.
Les sièges avant allient fermeté et confort. Ils évitent l’affaissement après plusieurs heures, sans être durs. Les bourrelets latéraux assurent un bon maintien en virage sans compromettre l’accès au quotidien. Ce juste équilibre reflète la philosophie centrée sur le conducteur propre à Mazda.

À l’arrière, les sièges adoptent la même approche. L’assise est longue et bien profilée pour offrir un bon soutien aux cuisses aux passagers de taille moyenne, mais le plancher légèrement surélevé, dû à la batterie, gênera un peu les plus grands.
Infodivertissement et ergonomie (l’influence de Changan)
Le système d’infodivertissement est l’un des rares aspects décevants du véhicule. Il repose sur un grand écran tactile de 14,6 pouces animé par un processeur Qualcomm 8155 de troisième génération, doté de 12 Go de mémoire vive et de 128 Go de stockage. Malgré sa puissance et sa réactivité, la navigation dans les menus est confuse. Par contre, nous avons continué à découvrir des fonctionnalités après deux semaines d’essai. On y sent davantage la touche de Changan que celle de Mazda.

Mazda nous avait habitués à une interface plus intuitive, notamment grâce à sa molette de commande centrale. Celle-ci nous manque, car elle permettait de manipuler les fonctions principales sans quitter la route des yeux. Mazda soutient que les consommateurs préfèrent les écrans tactiles, mais en conduite, la molette offrait une ergonomie supérieure. Autre point agaçant : l’assistant vocal, souvent déclenché par inadvertance lors de simples mouvements du volant.
Nous avons également trouvé les aides à la conduite trop intrusives, notamment le maintien de voie et le centrage de voie, imposés par la réglementation européenne. Ces fonctions se réactivent automatiquement à chaque démarrage ou dès que la voiture détecte des signes de fatigue, comme un bâillement, ce qui devient irritant.
Système audio : la surprise signée Sony
La grande surprise de la Mazda 6e fut son système audio Sony à 14 haut-parleurs. Rivalisant avec des voitures plus coûteuses, ses haut-parleurs intégrés aux appuie-têtes permettent de créer un champ sonore immersif ou de concentrer le son sur le conducteur. Idéal lorsque les passagers dorment et qu’on veut continuer d’écouter sa musique sans les déranger.

Conclusion : une occasion manquée pour le marché canadien
La Mazda 6e, tout comme son futur frère, le VUS EZ-60, prouve que le constructeur a appris de l’erreur de la MX-30. Grâce à son partenariat avec Changan, Mazda a pris une longueur d’avance sur d’autres marques japonaises encore hésitantes face à l’électrification. La 6e séduit par sa qualité de conduite et son habitacle soigné, au point de paraître plus chère qu’elle ne l’est réellement, un fait que plusieurs Européens avec qui nous avons discuté ont remarqués lors de notre essai.
Mazda EZ-60 2025 des prix saisissants, une gifle aux autres constructeurs
Son absence probable du marché canadien, tout comme celle de l’EZ-60, représente une perte réelle pour les consommateurs. Ces modèles incarnent le type de concurrence dont le marché canadien a besoin pour secouer les géants établis.
Au final, la Mazda 6e illustre bien la politique automobile moderne : une voiture désirée par son design et son plaisir de conduite, mais qui demeure inaccessible en raison de politiques protectionnistes. Démontrant que la véritable liberté de choix, à l’ère du véhicule électrique, passe par l’ouverture de notre marché aux meilleurs produits du monde entier.




































