
-
Les ventes d’automobiles aux États-Unis devraient atteindre environ 16 millions de véhicules cette année, avec de faibles perspectives d’amélioration avant au moins la fin de la décennie.
-
Cela représente environ 1 million de véhicules de moins que ce qui se vendait chaque année avant 2020.
-
Malgré la baisse des ventes, la plupart des constructeurs automobiles maintiennent leur marge bénéficiaire en augmentant les prix.
Alors que l’on s’attendait depuis longtemps à ce que les ventes de véhicules neufs aux États-Unis reviennent à leurs niveaux d’avant la pandémie, il semble désormais qu’elles vont stagner autour de 16 millions d’unités, soit 1 million de moins qu’en 2019 et auparavant. En effet, la hausse du prix des véhicules, l’inflation générale, les taux d’intérêt élevés et, maintenant, la hausse du coût du carburant découragent les acheteurs de voitures neuves, plusieurs renonçant même aux modèles d’occasion.
Comme le rapporte le Wall Street Journal, des constructeurs automobiles tels que Ford, General Motors et Toyota prévoient des ventes à la baisse ou stagnantes pour cette année. Cette situation se vérifie également en Europe, le directeur de l’exploitation de Volvo ayant récemment qualifié la stagnation des ventes et la hausse du prix des véhicules de « menace pour l’ensemble de l’industrie », affirmant que « les gens ne sont pas en mesure d’acheter des voitures neuves ».
Traditionnellement, lorsqu’ils étaient confrontés à des ventes moroses, les constructeurs automobiles offraient des rabais et des incitatifs aux clients afin d’attirer plus de gens dans les salles de montre. Cependant, la crise de la chaîne d’approvisionnement et la pénurie de véhicules neufs qui a suivi ont démontré qu’ils pouvaient continuer à accroître leurs profits en vendant moins de voitures à un prix plus élevé, plutôt qu’en stimulant leur production de véhicules abordables.
C’est en partie ce qui explique pourquoi de nombreux constructeurs ont abandonné les berlines et les VUS de plus petite taille au cours des dernières années. Et bien que certains laissent planer l’espoir d’un retour de ces types de véhicules, ce n’est pas le cas de tout le monde.

En effet, General Motors affirme qu’il ne faut pas s’attendre à de nouveaux modèles abordables de la part de ses quatre marques aux États-Unis, l’entreprise se disant satisfaite de sa gamme d’entrée de gamme actuelle, qui comprend le Chevrolet Trax et le Trailblazer, ainsi que le Buick Envista et le Encore GX. Pour être juste, ces quatre VUS sous-compactes fabriqués en Corée figurent parmi les modèles les plus abordables actuellement sur le marché, et General Motors a confirmé qu’elle augmenterait sa production pour répondre à la demande de voitures neuves moins chères.
Néanmoins, ces véhicules d’entrée de gamme ne sont pas à l’abri des hausses de prix. Le modèle de base du Trax, le LS à 28 000 $, a été abandonné après l’année-modèle 2025 au Canada, faisant du 1RS à 30 000 $ le point d’entrée de facto de la gamme de General Motors en 2026.
De son côté, Ford a promis une série de nouveaux modèles abordables, dont une camionnette électrique américaine à 30 000 $, mais ces produits futurs potentiels n’ont fait l’objet que de taquineries pour le moment. En attendant, le constructeur continue de délaisser ses modèles les plus abordables : le compact Escape tire sa révérence, quatre ans après que le sous-compact EcoSport a quitté la gamme nord-américaine.

Les choses sont un peu plus concrètes chez Stellantis, puisque le constructeur a récemment annoncé son intention d’importer de petits modèles européens sous la marque Chrysler, qui seront affichés à moins de 30 000 $ et 40 000 $ US avant la fin de la décennie. Là encore, la situation actuelle n’est guère réjouissante pour les acheteurs à la recherche de modèles abordables, les produits les moins chers du constructeur au Canada étant la Fiat 500e à 43 000 $ (plus près de 28 000 $ au Québec grâce aux incitatifs) et le Jeep Compass à 37 000 $.
Toyota s’en sort un peu mieux sur le plan de l’abordabilité, à l’instar de la plupart des constructeurs automobiles asiatiques, mais elle accorde elle aussi la priorité aux ventes de ses modèles plus coûteux. Bien que la marge bénéficiaire naturellement plus élevée de ces véhicules soit un facteur important dans cette décision, il se trouve également qu’ils sont fabriqués aux États-Unis, ce qui les protège des tarifs d’importation de l’administration Trump, lesquels nuisent encore davantage à la rentabilité des véhicules plus abordables. À titre d’exemple, Ford a encouru à elle seule environ 2 milliards de dollars US en tarifs douaniers en 2025.

Face à l’état actuel de l’économie et au prix des véhicules neufs, de nombreux acheteurs potentiels se tournent plutôt vers le marché de l’occasion. Or, même dans ce secteur, les prix ont grimpé en flèche depuis la pandémie. Par conséquent, de plus en plus de conducteurs conservent leur véhicule actuel plus longtemps, que ce soit par choix ou par nécessité. En fait, les données de S&P Global citées par le Wall Street Journal indiquent que le véhicule moyen sur les routes américaines est aujourd’hui âgé de 13 ans, un sommet historique.
Les analystes de l’industrie ne voient pas cette situation s’améliorer avant au moins la fin de la décennie, voire plus tard. Il sera intéressant de voir comment les constructeurs automobiles réagiront, à savoir s’ils tenteront de stimuler les ventes en baissant les prix ou s’ils maintiensront leurs profits en augmentant les prix.
Source : Wall Street Journal


