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Les Canadiens se tournent vers les véhicules assemblés au pays alors que la menace de tarifs américains bouleverse le marché de l’auto

2025 Honda Civic | Photo: Honda

Les inquiétudes liées aux tarifs douaniers poussent les Canadiens à privilégier les véhicules assemblés localement, tandis que les consommateurs américains se ruent chez les concessionnaires.

  • Les acheteurs canadiens priorisent l’assemblage local en raison des tensions tarifaires transfrontalières.

  • Les ventes automobiles ont bondi aux États-Unis en mars alors que les consommateurs tentaient d’éviter les hausses de prix imminentes.

  • Les analystes prévoient une augmentation des prix pouvant atteindre 6 000 $ pour les véhicules neufs au Canada.


L’arrivée imminente d’un tarif de 25 % sur les importations de véhicules aux États-Unis a provoqué un changement notable dans le comportement des consommateurs de part et d’autre de la frontière. À la fin du mois de mars, les acheteurs américains ont afflué vers les concessionnaires pour sécuriser un nouveau véhicule avant l’augmentation attendue des prix, tandis que les consommateurs canadiens ont commencé à délaisser les véhicules assemblés aux États-Unis au profit de modèles construits ici même au pays.

Les barrières commerciales, qui pourraient entrer en vigueur le 3 avril, ont sensibilisé les consommateurs à l’origine des véhicules, particulièrement au Canada. Un directeur des ventes d’un concessionnaire Honda en Alberta affirme que les clients demandent fréquemment où les véhicules sont fabriqués, soit une tendance inhabituelle observée depuis environ quatre mois. Certains acheteurs basent leur décision entièrement sur le fait qu’un véhicule soit construit ou non au Canada.

Honda et Toyota pourraient tirer profit de la situation puisque les deux constructeurs exploitent des usines majeures en Ontario. Honda assemble les Civic et CR-V à Alliston, tandis que Toyota produit les RAV4, Lexus RX 350 et NX à Cambridge et Woodstock. Selon les analystes, ces modèles sont bien positionnés pour capter une plus grande part de marché en raison des pressions tarifaires et d’un sentiment croissant de nationalisme économique chez les acheteurs canadiens.

Aux États-Unis, les constructeurs ont enregistré une forte croissance des ventes en mars, en partie grâce à des consommateurs voulant figer le prix de leur achat avant l’entrée en vigueur des tarifs. Le volume de vente au détail a bondi de 15 à 25 % pour des marques comme Ford et Kia, avec également de solides gains pour Genesis, Mazda et Subaru. Honda USA a enregistré une hausse de 13,2 %, tandis que GM a connu une augmentation de 17 % de ses ventes au premier trimestre. Mais cette tendance sera-t-elle durable ? En tenant compte des tarifs, la réponse est probablement non.

Si l’impact immédiat a été une hausse de l’activité au détail, les analystes préviennent que les tarifs pourraient faire grimper le prix des véhicules de 3 000 $ à 10 000 $ par modèle aux États-Unis et jusqu’à 6 000 $ au Canada. Cela s’explique notamment par la complexité des chaînes d’approvisionnement transfrontalières. Environ la moitié des pièces utilisées dans les véhicules assemblés au Canada proviennent des États-Unis, ce qui les rend vulnérables à des droits de douane réciproques imposés par Ottawa.

Dans ce climat d’incertitude, les constructeurs automobiles ajustent leurs stratégies. Honda Canada souligne qu’elle mise depuis longtemps sur ses modèles assemblés en Ontario et ne prévoit pas modifier cette approche. Cependant, des experts préviennent que, même si les véhicules canadiens gagnent temporairement en popularité, les effets à long terme demeurent incertains. Daniel Ross de Canadian Black Book souligne que de nombreux consommateurs ignorent où leurs véhicules sont fabriqués. Un sondage réalisé en février par AutoTrader révèle que 47 % des Canadiens envisageant l’achat d’un véhicule neuf réévalueraient leur choix en raison des tarifs, et près du tiers d’entre eux opteraient pour une marque non américaine.

Tesla est particulièrement scrutée au Canada (et ailleurs). Des manifestations dans ses salles d’exposition et des critiques politiques ont été liées à l’association de son PDG Elon Musk avec Donald Trump. Le fabricant américain de véhicules électriques a également été exclu de certains programmes d’incitatifs fédéraux et provinciaux.

Le Canada demeure le plus grand importateur de véhicules assemblés aux États-Unis, avec plus de 750 000 unités achetées annuellement, pour une valeur de plusieurs dizaines de milliards de $. En 2024, plus de 40 % de tous les véhicules vendus au Canada étaient assemblés aux États-Unis. Si les Canadiens maintiennent leur intention de bouder ces véhicules, une baisse de 10 ou 20 % pourrait être catastrophique pour les constructeurs américains.

 

Mathieu St-Pierre

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