Chaque semaine, je traverse le point de l’Île-aux-Tourtes et, à chaque passage, je suis témoin de comportements gênants. La limite est fixée à 70 km/h. Par moments, des segments étaient à 60 km/h. Pourtant, il n’est pas rare de voir des véhicules filer à 90, 100, voire 110 ou 120 km/h.
Une vraie honte.
Quelle est votre urgence ?
Aux automobilistes qui ne daignent pas ralentir dans une zone de construction, et à tous ceux qui oublient trop souvent de le faire, j’ai une question : quelle est votre urgence ? En quoi ralentir pendant quelques centaines de mètres, voire quelques kilomètres, va-t-il vous empêcher de faire ce que vous avez à faire dans votre journée ?
Êtes-vous plus important que tout le monde ?
Vous avez été distrait une fois et avez dépassé les limites dans une zone de construction. Ce n’est pas à vous que je m’adresse. Je vise ici les récidivistes, ceux qui croient que la route leur appartient. Partout. Tout le temps.
Aux camionneurs qui roulent 20 à 30 km/h au-dessus de la limite et qui embarquent dans notre coffre.
Aux conducteurs de camionnettes pleine grandeur incapables de ne pas « pousser » les véhicules qui roulent devant eux.
Qu’est-ce qui presse tant ?
Et moi, là-dedans ? Je ne suis pas parfait. Je roule en moyenne à 115 km/h sur l’autoroute parce que c’est toléré. Je le fais lorsque la circulation n’est pas dense. Quand il y a des véhicules partout, je ralentis et je garde mes distances.
Et dans les zones de construction, je ralentis. Beaucoup. Tellement que je me fais souvent insulter. On me colle au derrière, comme si j’étais un danger public, alors que le vrai danger, c’est celui qui refuse de ralentir.
Où allez-vous comme ça ? Qu’est-ce qui presse tant ?
Connaissez-vous des personnes qui travaillent sur des chantiers de construction ? Moi, non, pourtant, je traite ces hommes et ces femmes comme s’ils étaient des amis, des membres de ma famille.
Ces gens qui travaillent sur nos routes ont des vies comme les vôtres, des familles et des proches qui les attendent à la fin de la journée. Des enfants qui méritent de voir leurs parents rentrer sains et saufs au bercail.
Au fil des années, certains ne sont pas revenus à la maison en raison de conducteurs impatients, distraits, etc.
La vitesse permise passe de 100 km/h à 70 km/h sur un kilomètre en raison d’une réfection de la route ? C’est simple, on lève le pied. Les ouvriers qui bossent sur les chantiers méritent notre respect, le même que nous souhaitons tous recevoir de la part d’autrui.
Ce qui m’horripile le plus là-dedans, c’est qu’il y a clairement une inconscience face à cette réalité. Un manque d’éducation ? Peut-être. Un manque de culture automobile ? Possiblement. Un manque de civisme et de sens de la collectivité ? Assurément.
Au cours de la dernière année, mon travail m’a mené en Suède puis en Finlande. Dans les deux cas, j’ai été estomaqué de voir à quel point les gens, sur les autoroutes comme dans les villes, respectaient à la lettre la vitesse autorisée dans les zones de construction.
Sur une autoroute, en Finlande, la vitesse est passée de 120 à 50 km/h sur environ un kilomètre. Des travaux de réfection sous un viaduc. TOUS les automobilistes, sans exception, ont ralenti pour rouler entre 45 et 55 km/h. TOUS. Et je n’ai pas été témoin de ce comportement qu’une seule fois, mais des dizaines de fois.
Tant en Finlande qu’en Suède.
Les gens là-bas ont un sens de la collectivité qui manque ici. J’avais une idée de cette réalité. Elle m’a frappé à la vue du comportement des gens sur la route.
Ça va aussi avec la culture automobile. En Finlande, si vous dépassez de plus de 20 km/h les limites de vitesse, les amendes sont calculées en fonction de vos revenus. Ça peut faire très mal.
On pense à la sécurité de tous.
Les solutions sont pourtant simples. Déjà, les autorités ont augmenté les amendes pour les infractions commises dans les zones de construction. C’est un début. Une présence policière accrue aurait pour effet d’en calmer certains.
Un patrouilleur situé à proximité d’un chantier, c’est pas mal plus utile qu’un patrouilleur qui attend de prendre un fautif à 121 km/h sur la ligne droite d’une autoroute.
L’autre solution, c’est l’éducation. Vous avez des enfants ? Montrez-leur l’exemple en ralentissant à l’approche d’un chantier. Les enfants ont cette manie d’imiter leurs parents.
Aux autorités, une suggestion : améliorer la signalisation. Une zone de construction doit être annoncée à 10 km, puis à 5 km. On doit avertir les gens que la vitesse permise va être moindre dans 3 km, 2 km, 1 km… Les écrans qui indiquent notre vitesse ont également un effet dissuasif. Bref, ça prend des efforts concertés.
Mais, surtout, du gros bon sens.
Or, ce que je vois chaque fois que j’emprunte le pont de l’Île-aux-Tourtes, c’est une absence de gros bon sens.
En terminant, je vous laisse avec ceci : la dernière chose dont vous avez envie d’être responsable, c’est la mort d’un travailleur sur un chantier, simplement parce que vous avez consciemment refusé de lever le pied.
Une vie en tôle, à revoir les images d’un accident mortel, ça n’arrive pas qu’aux autres.
Je préfère ralentir et ajouter 30 secondes ou une minute à mon parcours.
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