Les premiers essuie-glace sont apparus au tout début du XXᵉ siècle. En 1903, Mary Anderson, une Américaine originaire de l’Alabama, a déposé le premier brevet pour un dispositif à balai actionné de l’intérieur par une manivelle. En 1917, Charlotte Bridgwood a fait un pas de plus en motorisant le système. Dès 1922, Cadillac en installait de série sur ses véhicules. Mais pendant des décennies encore, ces balais fonctionnaient à vitesse fixe, qu’il pleuve à verse ou qu’il bruine à peine. Un seul réglage pour toutes les conditions. Pas idéal.
Et sur certains modèles, l’essuie-glace du côté passager était une option.
Robert Kearns, ingénieur et professeur de Détroit, a révolutionné l’essuie-glace dans les années 60. En 1963, roulant sous une pluie fine dans sa Ford Galaxie, il est agacé par le balayage constant des essuie-glace. Souffrant d’un problème de vision à l’œil gauche, il s’inspire du clignement de la paupière humaine, qui se ferme quelques secondes, puis se réouvre. Depuis son sous-sol, il développe un prototype d’essuie-glace à balayage intermittent contrôlé électroniquement. Il dépose une demande de brevet en 1964. Ford s’y intéresse, l’examine en détail… puis décide de ne pas aller de l’avant.
Quelques années plus tard, les essuie-glace intermittents apparaissent sur les modèles Ford, sans que Kearns ne reçoive un sou ni la moindre reconnaissance.
Ce combat de David contre Goliath a inspiré le film Flash of Genius (2008), où Greg Kinnear incarne Kearns avec une justesse remarquable. Après des années de batailles judiciaires, souvent seul devant les tribunaux, Robert Kearns a finalement obtenu gain de cause contre Ford et Chrysler, qui a aussi utilisé un système basé sur l’invention de Robert Kearns. Au total, on estime que 145 millions de véhicules ont roulé avec son invention. Pas mal, pour un brevet développé dans le sous-sol d’une maison de banlieue.
L’étape suivante, c’est la détection automatique de la pluie. La technologie apparaît vers la fin des années 1990 et se répand progressivement dans les années 2000. Le principe est élégant : un capteur optique infrarouge est fixé à l’intérieur du pare-brise, généralement près du rétroviseur central. Il émet un faisceau lumineux qui traverse le verre selon un angle précis. Quand des gouttes d’eau s’y déposent, elles dévient et atténuent ce faisceau. Le capteur détecte cette variation et déclenche les essuie-glace en conséquence. Plus l’intensité de la pluie est forte, plus les balais s’accélèrent. Le tout, automatiquement.
La technologie a encore progressé. Tesla utilise des algorithmes d’apprentissage automatique pour améliorer la détection de la pluie et affiner le fonctionnement des essuie-glace.
Les capteurs modernes sont également couplés à des détecteurs de luminosité, qui activent automatiquement les phares en même temps que les essuie-glace, conformément à la réglementation en vigueur dans plusieurs pays. Des équipementiers comme Valeo développent des capteurs encore plus précis, capables de mesurer le rayonnement solaire et d’ajuster simultanément la climatisation.
De la manivelle de Mary Anderson au capteur infrarouge piloté par intelligence artificielle, les essuie-glace ont parcouru un sacré chemin. Et quelque part, Robert Kearns y est pour beaucoup.
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