Il faut avoir du culot, ou une équipe de relations publiques exceptionnellement créative, pour annoncer cela le plus sérieusement du monde.
Il faut cependant nuancer certains points.
Selon Yahoo Finance, la structure de la rémunération de Jim Farley se décompose ainsi : 1,7 million en salaire de base, 18,8 millions en actions, 5,7 millions en primes de rendement et 1,2 million en « autres avantages », dont l’utilisation d’un jet privé et d’un service de sécurité personnelle. Le total est donc de 27 519 558 $ US.
À titre comparatif, en 2024, lorsque Ford n’avait pas atteint ses cibles de qualité, ses primes de rendement n’étaient que de 1,6 million. À 5,7 millions, on parle d’une hausse importante. Ce qui dérange, c’est la façon dont on définit les objectifs à atteindre. Cela a autant d’importance que les résultats eux-mêmes.
Concrètement, Ford a décidé de mesurer la qualité non pas par le nombre de rappels, un indicateur que la plupart des consommateurs considéreraient comme assez révélateur, mais par la qualité initiale, c’est-à-dire les problèmes signalés dans les 90 premiers jours de propriété. Jim Farley lui-même a expliqué que les rappels concernaient surtout des véhicules plus anciens, et que les nouveaux modèles qui sortent des usines sont parmi les meilleurs que Ford ait jamais produits.
Cette affirmation a été fortement contestée par de nombreux analystes. Sans consulter chacun des 153 rappels de Ford en 2025, on peut vous affirmer que des dizaines concernaient des modèles des années 2024 à 2026.
Pour mettre les chiffres en perspective : 153 rappels en un an, c’est plus du double du record (77) que General Motors (GM) avait établi en 2014, année que l’industrie avait qualifiée de catastrophique pour la réputation de GM. Ford, elle, a fait mieux avec 153 campagnes et le grand patron reçoit une prime.
C’est insultant pour le commun des mortels et pour tout propriétaire de véhicules Ford. Pour être juste, il faut mentionner que certains bonis sont liés aux bonnes performances des véhicules électriques de Ford en Chine. Le problème, c’est que la qualité fait aussi partie de ces bonis. C’est ce que le public va retenir.
Un salaire de 27,5 millions de dollars pour un individu, ça peut passer si l’entreprise fait des profits mirobolants et que les gestes posés par la direction ont des répercussions positives sur tout le monde.
Or, ce n’est pas le cas ici. Et le rapport entre le salaire des employés et celui du grand patron fait grandement jaser. Il est 295 fois supérieur au salaire moyen d’un employé de Ford.
Rappelons que Ford a enregistré des pertes importantes en 2025, notamment en raison de dépréciations liées aux véhicules électriques, en particulier au sein de la division Model e, ainsi que d’environ deux milliards de dollars en droits de douane. Les résultats financiers d’un constructeur demeurent toutefois complexes, avec des écarts importants entre les divisions et des pertes souvent liées à des investissements à long terme. Il n’en reste pas moins que l’année a été plus difficile pour Ford.
Certains vont arguer que Jim Farley est en train de replacer Ford sur les rails et qu’il mérite son salaire et ses bonis. Possible, et, à ce titre, l’argument de Ford selon lequel les rappels concernent de vieux véhicules est techniquement défendable. En effet, ce n’est pas contradictoire dans leur logique interne, même si ça l’est du point de vue du consommateur.
Cependant, c’est exactement le genre d’argumentaire comptable qui illustre à quel point les conseils d’administration et les chefs de direction des grandes entreprises vivent dans une réalité parallèle à celle de leurs clients et de leurs employés. Les consommateurs qui reçoivent un avis de rappel ne font pas de distinction entre les véhicules d’avant et d’après l’arrivée de Jim Farley. Ils voient plutôt un constructeur qui leur demande de ramener leur véhicule au garage, une fois de plus, alors que la haute direction nage dans les millions.
Ce qui a peut-être été le plus frappant à propos de cette annonce de Ford sur le salaire de son grand Manitou, c’est la réaction des marchés. Dans la foulée de l’annonce, l’action de Ford a reculé de près de 2,5 %.
Et que réserve l’année 2026 ? Ford est déjà en route vers une autre année record de rappel. Est-ce que cela va se traduire par un autre boni pour le grand patron ?
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