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L’essence pourrait-elle atteindre 2,50 $ le litre au Québec? Exxon sonne l’alarme

L’essence ordinaire affichée à 204,9 ¢/litre, et le diesel à 239,9 ¢, à une station-service canadienne au printemps 2026 | Mark Van Dam/Dreamstime

Selon un dirigeant d’Exxon, les stocks de brut devraient atteindre leur niveau le plus bas d’ici quelques semaines, et les prix à la pompe au Canada, qui avoisinent actuellement 1,90 $ le litre, pourraient alors remonter.


  • Neil Chapman, d’Exxon, prévient que les stocks de pétrole atteindront des niveaux historiquement bas d’ici deux à trois semaines.

  • Il prévoit que le prix du Brent à terme grimpera jusqu’à 150 à 160 $ US le baril.

  • Impact estimé au Québec : environ 2,35 à 2,50 $ le litre, selon des estimations non officielles.


ExxonMobil a indiqué jeudi à ses investisseurs que les stocks mondiaux de pétrole allaient atteindre des niveaux historiquement bas d’ici deux à trois semaines, une baisse qui, selon la compagnie, devrait entraîner une forte hausse des prix du brut. Pour les automobilistes canadiens qui paient déjà près de 1,90 $ le litre, cet avertissement laisse présager une nouvelle hausse des prix à la pompe cet été.

Lors d’une conférence d’investisseurs organisée par Bernstein à New York le 28 mai, Neil Chapman, vice-président principal d’Exxon, a déclaré que les stocks commerciaux de pétrole brut, d’essence, de gazole et de kérosène s’étaient progressivement épuisés depuis la fermeture du détroit d’Ormuz. Les déblocages des réserves gouvernementales n’ont que partiellement compensé ces pertes.

Ses propos ont été rapportés par CNBC, et ce coussin, dit-il, est presque épuisé.

Ce que Chapman a réellement dit

« On approche de niveaux de stocks jamais vus », a déclaré Chapman à la conférence, dans des propos rapportés par CNBC. « Je veux dire vraiment, vraiment bas. » Il situe l’échéance à deux ou trois semaines avant que les stocks ne touchent le fond, ajoutant qu’une fois ce point atteint, « les prix vont s’envoler ».

Chapman a précisé que les modèles du marché pointent vers un Brent physique de 150 à 160 $ US le baril à ce moment, contre la fourchette d’environ 90 à 110 $ US où le brut s’est maintenu ces six dernières semaines.

Le Brent est la référence internationale du pétrole brut, le prix par rapport auquel se négocie l’essentiel de l’offre mondiale. Quand il monte, l’essence raffinée à partir de ce pétrole suit généralement.

Il a reconnu sans détour que la flambée serait autolimitée : « Quand le prix atteint un certain niveau, la chute de la demande ramène l’équilibre. » En clair, les prix montent jusqu’à ce que les conducteurs et les entreprises cessent d’acheter.

L’Agence internationale de l’énergie, citée elle aussi par CNBC, qualifie la fermeture d’Ormuz de plus importante perturbation de l’approvisionnement pétrolier de l’histoire, ayant coûté au marché plus d’un milliard de barils jusqu’ici.

Du Brent à 94 $ à la pompe

Le Brent a clôturé sous les 94 $ US le baril le 28 mai et a glissé à près de 91 $ US ce vendredi, le marché anticipant une possible trêve de 60 jours entre les États-Unis et l’Iran qui rouvrirait Ormuz.

L’argument de Chapman, c’est que le calme actuel est emprunté. La fourchette de 90 à 110 $ US a été maintenue en puisant dans les stocks, une stratégie qui, dit-il, « ne peut pas durer éternellement ».

Le brut n’est qu’un des éléments du prix d’un litre d’essence, aux côtés des taxes fédérales et provinciales, des marges de raffinage et de la distribution. Selon une règle empirique courante chez les analystes, chaque variation de 1 $ US du Brent se traduit par environ 0,7 à 0,9 cent le litre à la pompe.

Sur cette base, un bond d’environ 94 $ US à 160 $ US ajouterait de 45 à 55 cents le litre, poussant une moyenne québécoise de 1,90 $ vers la fourchette de 2,35 à 2,50 $.

Ce chiffre est une estimation approximative et non officielle, pas une prévision. Il suppose des marges de raffinage stables; lors des précédentes pénuries d’approvisionnement, elles se sont élargies, ce qui pousserait le chiffre plus haut.

Le seuil des 2 $ a déjà un défenseur canadien crédible. L’analyste pétrolier en chef d’EN-PRO, Roger McKnight, a affirmé à CTV News plus tôt ce mois-ci que 2 $ le litre n’est plus une possibilité, mais une probabilité à ce stade.

La réalité actuelle à la pompe au Québec

À Montréal, le prix moyen de l’essence ordinaire tournait autour de 191 à 192 cents le litre durant la semaine du 25 mai, selon la Régie de l’énergie. Et ce, malgré la suspension de la taxe d’accise fédérale, qui retranche 10 cents le litre sur l’essence jusqu’au 7 septembre.

La métropole a franchi pour la première fois la barre des 2 $ le litre au début de mai, environ deux semaines après l’entrée en vigueur de ce congé fiscal. C’était aussi la première fois que le prix moyen dépassait ce seuil depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le 28 février.

Les constructeurs ont choisi la mauvaise année pour abandonner

Honda 0 Prototypes | Photo: Honda

Tout cela survient à un moment délicat pour une industrie qui a passé la dernière année à battre en retraite sur le véhicule électrique. Au Québec, les immatriculations de véhicules entièrement électriques ont reculé de 48,7 % en 2025, la plus forte baisse de toutes les provinces, selon Statistique Canada.

Plusieurs constructeurs ont annulé des programmes de VÉ nord-américains, convaincus que « l’hiver électrique » était permanent. Une hausse prolongée des prix à la pompe change la donne: les acheteurs attirés par les prix élevés de l’essence ont tendance à rester, tandis que ceux qui courent après un rabais gouvernemental ont tendance à partir dès qu’il prend fin. Cependant, l’offre de véhicules électriques abordables pour absorber cette hausse est plus faible qu’elle ne l’a été depuis des années.

Le contre-courant

L’argument contre une flambée imminente, c’est la trêve elle-même. Le Brent a chuté de près de 19 % en mai, son pire mois depuis le début de la pandémie, porté par l’espoir d’une entente entre les États-Unis et l’Iran.

Selon Chapman, même un accord ne permettrait pas de reconstituer instantanément les réserves épuisées. Comme il l’a dit : « Une fois que l’on atteint les niveaux minimaux de stocks, voire les plus bas jamais enregistrés, il n’y a qu’une seule issue possible. »

Cela soulève deux questions. Pour les automobilistes : si le prix de l’essence continue de grimper pour atteindre 2,50 $ le litre cet été, est-ce ce prix qui vous fera enfin opter pour un véhicule électrique ou hybride ? Et pour les constructeurs automobiles qui ont passé l’année dernière à annuler des modèles électriques, 2025 était-elle une mauvaise année pour abandonner ce marché, et finiront-ils par le regretter ?

Olivier Delorme

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